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Laballe & Défense

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Bienvenue sur Laballe & Défense, un site consacré aux Politiques de Défense ! Ce blog a été créé par Merry-Lène LABALLE, Historienne en Histoire Militaire, Études de Défense et Politiques de Sécurité Diplômée de l'Université Paul Valéry de Montpellier.

Pourquoi le général de Villiers a-t-il raison ?

Publié par Merry-Lène LABALLE sur 18 Juillet 2017, 18:03pm

Catégories : #Défense nationale

En apprenant les nouvelles coupes budgétaires imposées par Bercy, le général Pierre de Villers avait, à la veille de la fête nationale, exprimé sa colère en déclarant, je le cite : « Je ne vais pas me faire baiser comme ça ».

 

La réaction du Président de la République n’a pas tardé, en affirmant publiquement son autorité sur le chef d'état-major des armées. Un recadrage sec : « Je suis votre chef ». Emmanuel Macron a-t-il commis une faute en le disant de la sorte ? Oui, je le pense, car cela engendrera certainement des crispations à venir au sein de nos armées.

 

Cet épisode laissera incontestablement des traces et risque de tendre une institution déjà soumise à une injonction incompréhensible : augmenter sa présence sur les scènes de conflits avec (toujours) moins de moyens.

 

Rappelons que les premières décisions du chef de l’État ne vont pas dans le sens de ses promesses. Ce dernier a en effet confirmé le non-versement de 850 millions d’euros attendus par le ministère des armées.

 

En parallèle, il s’engage à ce que les crédits militaires atteignent 34,2 milliards en 2018 (soit une augmentation de 1,5 milliard). Une marche inférieure donc aux 2,16 milliards annuels nécessaires pour atteindre l’objectif de 2025 !

 

Dans un tel contexte géopolitique et géostratégique, la France ne peut plus se contenter de simple rattrapage des manques ou de poursuite des programmes. Elle doit, bien au contraire, repenser sa stratégie militaire dans sa globalité et en profondeur. Comme je l’ai souligné, la France doit penser artillerie, missiles, drones, puissance de feu et autonomie longue portée.

 

Notre pays doit être capable de financer ses propres programmes d’équipements notamment dans le domaine de l’armement conventionnel (chars, blindés, nucléaire, hélicoptères). Ce qui n’est malheureusement pas le cas.

 

Pourtant, l’armée de Terre a besoin de consolider ses programmes de véhicules légers de transport de personnes, de porteur polyvalent terrestre et de poids lourd ; de renforcer ses capacités d’interventions avec l’acquisition de chars Leclerc rénovés supplémentaires et de 32 CAESAR, ainsi que le renouvellement des engins blindés du génie. Elle a toujours insisté sur la nécessité d’augmenter les crédits alloués à l’entretien programmé des hélicoptères, la poursuite de la transformation des capacités d’aérocombat, avec, en particulier, la mise à la disposition de ses forces spéciales d’hélicoptères Caïman adaptés.

 

Notre Marine nationale ne dispose actuellement que de 17 frégates dites de « premier rang » qui suffisent à peine ! La modernisation de ses avions de patrouille maritime Atlantique 2, le renouvellement des sous-marins nucléaires d’attaques (SNA) et des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), ainsi que les programmes des frégates multimissions (FREMM) sont une nécessité. Tout comme l’engagement des travaux sur le successeur du porte-avions Charles de Gaulle.

 

Enfin, l’armée de l’Air réclame depuis des années une « recapitalisation organique » pour assurer ses missions avec de véritables moyens à la hauteur des enjeux actuels. Pour ne plus dépendre des Américains, il est en somme urgent de renouveler ses avions de ravitaillement en vol, ses moyens ISR et sa composante aéroportée de la dissuasion nucléaire.

 

Cette situation intenable doit cesser. Cette méthode qui consiste à faire des Armées une variable d’ajustement budgétaire, ne peut plus se poursuivre. Si tel est le cas, alors les capacités militaires de la France déclineront au fil des années.

 

Alors OUI, le général Pierre de Villiers a eu raison d’alerter sur les conséquences qu’une telle décision peut avoir sur les capacités opérationnelles de nos armées. Il est dans son rôle. C’est même son devoir de nous le dire.

 

Vive l’Armée française !

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